Femmes dans la bande dessinée, des pionnières à l’affaire d’Angoulême (9/12) : Entracte, le prix Artémisia 2016

C’est dans ce contexte qu’est proclamé, le 9 janvier (comme chaque année, date anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir), le neuvième Prix Artémisia. Le prix 2016 est décerné à l’album Glenn Gould, une vie à contretemps de Sandrine Revel (paru aux éditions Dargaud), une œuvre splendide qu’il fallait d’autant plus saluer que la sélection officielle du Festival d’Angoulême, précisément, était passée à côté !

© Sandrine Revel – dargaud

La vie du pianiste mondialement connu notamment pour ses enregistrements des variations Goldberg, au début de sa carrière en 1955 puis en 1981 peu avant sa disparition, fait dans l’album de Sandrine Revel l’objet d’une biographie non chronologique, non linéaire, mais construite comme des variations musicales, avec reprises de thèmes, motifs répétitifs, contrepoints… Comme si la main droite jouait une ligne mélodique correspondant à un moment fort tel que l’enregistrement des variations Goldberg de 1981 tandis que la gauche jouait un motif correspondant à l’enfance et ses événements fondateurs, puis passait par-dessus la droite pour jouer dans les aigus la mort prématurée de l’artiste. L’autrice, en dessinant jusqu’à l’ivresse le pianiste à son clavier et d’innombrables plans de ses mains en pleine action, parvient à transmettre une part des émotions musicales que nous avons tous ressenties à l’écoute de Glenn Gould. Poétique et onirique avec ses images de manchots sur la banquise ou de pianiste à tête de chien, le livre regorge aussi de petites histoires et d’anecdotes sur les fantaisies d’un artiste hors normes, sa façon de se tenir, sa chaise trafiquée, ses gémissements incontrôlés qui s’entendent sur les enregistrements… Autant que la structure musicale des variations, le récit adopte la structure labyrinthique de séances de psychanalyse pour nous dévoiler une part de la psychologie de l’interprète, de sa nature intime, en passant parfois par des séries de natures mortes sur les objets du quotidien qui entourent son personnage.

© Sandrine Revel – Dargaud

Le dessin est tracé d’un trait qui caresse le papier comme les doigts du pianiste effleurent le clavier, dans un réalisme tout en rondeur et en douceur qui fait parfois penser à ces planches de La Guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert où le piano joue aussi un rôle majeur. Quant à la gamme chromatique des couleurs, elle est très particulière, presque exclusivement composée de couleurs froides et délavées, bleu, vert, vieux rose, gris perle… couleurs de la dépression qui gagne progressivement cet artiste inquiet, asocial et hypocondriaque. Une belle réussite, d’une grande sensibilité (que je n’ose qualifier de féminine), cet album comblera les mélomanes et les amateurs de bande dessinée exigeante.

Du fait des polémiques autour du Festival d’Angoulême, de nombreux journalistes se sont tournés vers Artémisia (et sa fondatrice qui en vit sans doute défiler davantage en une semaine qu’en quarante-cinq ans de carrière…) pour recueillir l’avis des membres du jury et sa fondatrice qui en vit défiler plus en une seule semaine qu’en quarante-cinq ans de carrière dans la bande dessinée… L’album de Sandrine Revel a, par ricochet, bénéficié d’une couverture médiatique inespérée.

@ Gilles Ciment

Femmes dans la bande dessinée : des pionnières à l’affaire d’Angoulême (9/12)
 « Entracte : le prix Artémisia 2016 »
Lire les différents passages :
Revenir au début : 1 – Une mascotte révélatrice d’un sexisme ambient et tenace
Revenir au précédent : 8 – Angoulême, acte 2 : les « nhomminations » pour le Grand Prix
Lire la suite : 10 – Angoulême, acte 3 : pendant le festival, le combat continue…

Remise du prix Artémisia 2016

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Comme chaque année, le Prix Artémisia est proclamé le 9 janvier, date anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir.
Pour cette neuvième édition, le jury a distingué deux auteures.

Le Prix Artémisia 2016 est attribué à Sandrine Revel pour son album Glenn Gould, une vie à contretemps, paru aux éditions Dargaud. Cette magnifique biographie dessinée explore la vie du célèbre pianiste.
Cet ouvrage riche et documenté permet de découvrir la personnalité cachée de l’artiste et tente de percer le mystère de ce génie de la musique. Sandrine Revel succède à Barbara Yelin, récompensée en 2015 pour son album Irmina.

Une mention spéciale du jury est décernée à Théa Rojzman pour son album Mourir (ça n’existe pas), paru aux éditions La Boîte à bulles.Un récit intimiste et poignant magnifiquement réalisé en couleurs directes à l’aquarelle, qui aborde les thèmes forts du traumatisme, de la souffrance et de la folie.

L’objectif de l’association Artémisia est de mettre à l’honneur
la production féminine dans la bande dessinée pour le scénario et/ou le dessin.

Chantal Montellier, bédéaste et fondatrice du Prix Artémisia, est entourée d’un jury composé de :
– Eva Almassy, écrivaine, complice des «Papous dans la tête»
sur France Culture ;
– Odile Conseil, journaliste, créatrice du festival Ciné Salé, également «Papou» ;
– Jean-Christophe Deveney, scénariste de bande dessinée, enseignant ;
– Céline du Chéné, productrice à France Culture, chroniqueuse et reporter pour «Mauvais Genres» ;
– Karim Miské, réalisateur et romancier ;
– Catel Muller, bédéaste et illustratrice ;
– Patrig Pennognon, correcteur, poète, journaliste culture ;
– Olivier Place, directeur des librairies Flammarion ;
– Silvia Radelli, plasticienne ;
– Donatella Saulnier, écrivaine, critique littéraire, médiatrice culturelle ;
– Rachel Viné-Krupa, spécialiste de l’art mural mexicain, de Frida Kahlo et de Tina Modotti.
La remise du prix aura lieu le 21 janvier à la librairie Flammarion duCentre Georges-Pompidou à partir de 18h30.

CONTACT PRESSE
Mona Fatouhi – 06 29 60 51 45 – mona.fatouhi@wanadoo.fr

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